Alimenté par la
spéculation foncière et immobilière, l'embourgeoisement, sournoisement mais
résolument, change la face de nos quartiers. L'embourgeoisement peut être
défini comme une rénovation de l’habitat dans des quartiers populaires,
l'installation de ménages des classes moyennes ou supérieures et l'éviction
plus ou moins rapide des ménages en place.
L'embourgeoisement,
communément appelé gentrification, est présenté par les promoteurs et leurs
alliés du monde politique comme une revitalisation. Pour remplacer l'horreur,
la pauvreté, si hideuse et méprisable pour les nantis, on propose constructions
neuves et aménagements paysagers avec force pavé uni.
Cette volonté de faire
beau et nouveau cache toutefois une réalité aux impacts désastreux pour les
plus démunis qui doivent souvent quitter leur quartier rénové pour faire place
à une clientèle plus fortunée alors que les prix du logement et des biens de
consommation deviennent inaccessibles.
En 2012, 10 fois plus de
condos que de logements locatifs ont été construits à Montréal. Le porte-parole
du Front d'action populaire en réaménagement urbain
(FRAPRU), François Saillant, précise : "L'année passée, il s’est
construit 650 logements locatifs pour tout l’Île de Montréal. Pendant ce
temps-là, il s’est construit quelque 6 000 unités de condominiums".
Que font les autorités de
la Ville de Montréal pour corriger la situation ? Timidement, sans qu'aucune
obligation n'y soit associée, la Direction de l’habitation souhaite que la stratégie d’inclusion adoptée par la
Ville, en 2005, amène les gros promoteurs à réserver, dans leurs projets, de
l’espace pour le logement abordable et le logement social. Cette
politique incitative a pour objectif
que, dans les projets de 200 logements et plus, il y ait 15 pour cent de
logement social et communautaire, et 15 pour cent de logements abordables. Pour
sa part, Annick Germain, chercheure à l’INRS Urbanisation estime qu'il
est nécessaire de "muscler la stratégie d’inclusion de la
Ville, la rendre obligatoire pour tous les promoteurs et pour tous les projets,
quelque soit leur taille".
Vivrons-nous chez nous le même phénomène
qu'aux États-Unis, le déplacement de populations vers la banlieue avec une
relocalisation de la pauvreté ? Une étude récente de la Brookings Institution
révèle que le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dans les
banlieues américaines surpasse depuis une dizaine d'années celui des
centres-villes.
Par Viateur Boutot