ALV, c'est...

L'Association des locataires de Villeray
est un organisme à but non lucratif
voué
à la défense des droits des locataires
et
du droit au logement!

25 juin 2013

Revitalisation ou éviction ?


Alimenté par la spéculation foncière et immobilière, l'embourgeoisement, sournoisement mais résolument, change la face de nos quartiers. L'embourgeoisement peut être défini comme une rénovation de l’habitat dans des quartiers populaires, l'installation de ménages des classes moyennes ou supérieures et l'éviction plus ou moins rapide des ménages en place.

L'embourgeoisement, communément appelé gentrification, est présenté par les promoteurs et leurs alliés du monde politique comme une revitalisation. Pour remplacer l'horreur, la pauvreté, si hideuse et méprisable pour les nantis, on propose constructions neuves et aménagements paysagers avec force pavé uni.

Cette volonté de faire beau et nouveau cache toutefois une réalité aux impacts désastreux pour les plus démunis qui doivent souvent quitter leur quartier rénové pour faire place à une clientèle plus fortunée alors que les prix du logement et des biens de consommation deviennent inaccessibles.

En 2012, 10 fois plus de condos que de logements locatifs ont été construits à Montréal. Le porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), François Saillant, précise : "L'année passée, il s’est construit 650 logements locatifs pour tout l’Île de Montréal. Pendant ce temps-là, il s’est construit quelque 6 000 unités de condominiums".

Que font les autorités de la Ville de Montréal pour corriger la situation ? Timidement, sans qu'aucune obligation n'y soit associée, la Direction de l’habitation souhaite que la stratégie d’inclusion adoptée par la Ville, en 2005, amène les gros promoteurs à réserver, dans leurs projets, de l’espace pour le logement abordable et le logement social. Cette politique incitative a pour objectif  que, dans les projets de 200 logements et plus, il y ait 15 pour cent de logement social et communautaire, et 15 pour cent de logements abordables. Pour sa part,  Annick Germain, chercheure à l’INRS Urbanisation estime qu'il est nécessaire de "muscler la stratégie d’inclusion de la Ville, la rendre obligatoire pour tous les promoteurs et pour tous les projets, quelque soit leur taille".

Vivrons-nous chez nous le même phénomène qu'aux États-Unis, le déplacement de populations vers la banlieue avec une relocalisation de la pauvreté ? Une étude récente de la Brookings Institution révèle que le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dans les banlieues américaines surpasse depuis une dizaine d'années celui des centres-villes.

Par Viateur Boutot