Un
certain politicien municipal a déjà mentionné qu’il y avait trop d’itinérance à
Montréal (on estime le nombre d’itinérants au nombre de 30 000) et qu’il
faut renvoyer ceux qui viennent d’ailleurs. Solution simpliste qui ne fait que
s’attaquer à un symptôme et non aux causes. Cet exemple déplorable montre
bien comment les élu-e-s municipaux sont peu préoccupé-e-s par les conditions
de vie des personnes à faible revenu et par la question du logement. À
l’approche des élections municipales de novembre, force est de constater que
les candidat-e-s auront fort à faire en matière de droit au logement à
Montréal.
Une
des causes est le manque de logements à bas prix et une des solutions : la
création de logements sociaux. Malheureusement depuis plusieurs années et
particulièrement depuis le début du 21e siècle, les élus municipaux
favorisent la construction de condos au détriment de logements locatifs à bas
prix. Ainsi en 2002 il y avait 2.7 fois plus de condos mis en chantier que de
logements locatifs et 10 ans plus tard il y en avait 10 fois plus, soit 6306
condos contre 650 logements locatifs.
En
plus des nouvelles constructions de condos, il y a aussi la transformation de
logements locatifs en condos qui font diminuer le parc locatif. Ainsi, selon la
Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) en octobre 2009, il y
avait 350 823 logements locatifs sur le territoire de l’île de Montréal contre
348 157 en 2011. Les locataires
ont donc perdu 2 666 unités locatives en 24 mois. Comme par hasard, une grande partie des logements
transformés en condos sont des logements dont le coût des loyers se situait en
dessous de la moyenne.
Et
que font les élus municipaux pendant ce temps? Ils permettent ou ferment les
yeux sur la démolition d’immeubles à logements locatifs,
ainsi que sur la conversion de logements en condos, ce qui est pourtant
interdit depuis 1987 sur le territoire de Montréal, mais la ville de Montréal a
consenti tellement de dérogations aux promoteurs immobiliers qu’elle rend ce
règlement caduque. Hasard ou coïncidence, souvent la démolition de logements
locatifs survient après une négligence d’entretien par les propriétaires de
leurs immeubles. De plus, ces mêmes élus cèdent des terrains municipaux à
certains promoteurs pour un prix très en deçà de leur valeur réelle, citons
comme exemple le projet Faubourg Contrecœur (Frank Catania), ou réservent
certains terrains municipaux pour des projets de construction de condos, comme
ce fut le cas pour le projet Griffintown.
Autre
exemple de favoritisme pour les condos : la Société d’habitation et de
développement de Montréal (SHDM), un organisme para-municipal dont le mandat
auparavant était de fournir des logements aux ménages à faibles et modestes
revenus de Montréal, se consacre dorénavant davantage à la construction et à la
vente de condos subventionnés et ce à même les fonds publics. Ce programme
nommé accès condos, la SHDM ose le
présenter comme une initiative de logement abordable. À des prix compris entre
265000 et 310000 pour 2 ou 3 chambres, ce n’est abordable que pour les mieux nantis.
Voilà
pourquoi nous ne devrions plus utiliser le «abordable» pour faire référence aux
logements sociaux. Ce mot fait partie de la langue de bois des politiciens et
ne devrait plus être utilisé par les groupes militants pour la défense des
locataires. À propos de langue de bois, la Stratégie
d’inclusion de logements abordables dans les
nouveaux projets résidentiels en est un bon exemple. Cette
stratégie vise en principe à convaincre les
promoteurs
de développement de 200 logements et plus, de réaliser 15% de logements sociaux
sur leurs sites. Or on sait que sur l’ensemble des unités réalisées en
constructions neuves sur l’île de Montréal en 2006, seulement 11,5% était des
logements sociaux. Cette proportion a chuté à 8,1% en 2011. Comme c’est une mesure
non contraignante, on ne peut pas dire que nos élu-e-s se forcent à augmenter
le nombre de logements sociaux et donc à aider les ménages à faible revenu.
Bref,
bon nombre d’exemples nous démontrent que depuis le début des années 2000, les
élus municipaux favorisent plus les promoteurs de condos que les ménages à
faible revenu, causant ainsi un manque de logements à prix modiques et une
augmentation de la pauvreté et de
l’itinérance. Donc si comme nous vous en avez ras le bol des belles paroles de
nos élus, participez aux différentes actions de votre comité logement lors des
prochaines élections pour réclamer les cinq grands engagements en faveur du
logement tel que proposées par le Front d’action populaire en réaménagement
urbain (FRAPRU).
Les candidats en lice à Montréal doivent s’engager à :
· Réclamer
publiquement de Québec et d’Ottawa des investissements suffisants pour
construire au moins 22 500 nouveaux logements sociaux sur l’île, et prévoir les
contributions municipales nécessaires à leur réalisation;
· Mettre
en place un programme d’achat et de réserve de sites pour des futurs projets
coopératifs et sans but lucratif d’habitation et/ou d’équipements
communautaires, et ce dans tout les quartiers montréalais où la spéculation
immobilière empêche ou ralentit le développement de nouveaux logements sociaux;
· À
préserver l’intégrité du parc de logements sociaux bâtis sur le territoire
montréalais en réclamant des gouvernements supérieures qu’ils y maintiennent
leurs engagements financiers à long terme et en y maintenant leurs propres
engagements de Montréal, au-delà de la durée des accords d’exploitation signés
avec les gouvernements du Canada et du Québec;
· Protéger
le parc de logements locatifs actuels en interdisant leur conversion en
copropriétés, en ajustant la règlementation municipale afin de contrer les
stratégies des promoteurs qui contournent les règles en vigueurs pour
s’approprier ce stock et si requis, en faisant pression sur Québec pour obtenir
toute la latitude légale requise;
· À
prendre toutes mesures règlementaires nécessaires pour le maintien en bonne
condition d’entretien, de salubrité et de sécurité, de tous les logements
locatifs et à fournir toutes les ressources matérielles et humaines suffisantes
pour garantir l’application du code du logement.
Ensemble locataires, nous
pouvons faire changer les choses. Il ne faut pas oublier que les locataires
représentent 65,6% des ménages de Montréal (statistiques Canada 2006) et que
nous avons donc la force du nombre!