ALV, c'est...

L'Association des locataires de Villeray
est un organisme à but non lucratif
voué
à la défense des droits des locataires
et
du droit au logement!

6 nov. 2013

Élu-e-s municipaux et logement


Un certain politicien municipal a déjà mentionné qu’il y avait trop d’itinérance à Montréal (on estime le nombre d’itinérants au nombre de 30 000) et qu’il faut renvoyer ceux qui viennent d’ailleurs. Solution simpliste qui ne fait que s’attaquer à un symptôme et non aux causes. Cet exemple déplorable montre bien comment les élu-e-s municipaux sont peu préoccupé-e-s par les conditions de vie des personnes à faible revenu et par la question du logement. À l’approche des élections municipales de novembre, force est de constater que les candidat-e-s auront fort à faire en matière de droit au logement à Montréal. 



Une des causes est le manque de logements à bas prix et une des solutions : la création de logements sociaux. Malheureusement depuis plusieurs années et particulièrement depuis le début du 21e siècle, les élus municipaux favorisent la construction de condos au détriment de logements locatifs à bas prix. Ainsi en 2002 il y avait 2.7 fois plus de condos mis en chantier que de logements locatifs et 10 ans plus tard il y en avait 10 fois plus, soit 6306 condos contre 650 logements locatifs.

En plus des nouvelles constructions de condos, il y a aussi la transformation de logements locatifs en condos qui font diminuer le parc locatif. Ainsi, selon la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) en octobre 2009, il y avait 350 823 logements locatifs sur le territoire de l’île de Montréal contre 348 157 en 2011.  Les locataires ont donc perdu 2 666 unités locatives en 24 mois. Comme par  hasard, une grande partie des logements transformés en condos sont des logements dont le coût des loyers se situait en dessous de la moyenne.

Et que font les élus municipaux pendant ce temps? Ils permettent ou ferment les yeux sur la démolition d’immeubles à logements locatifs, ainsi que sur la conversion de logements en condos, ce qui est pourtant interdit depuis 1987 sur le territoire de Montréal, mais la ville de Montréal a consenti tellement de dérogations aux promoteurs immobiliers qu’elle rend ce règlement caduque. Hasard ou coïncidence, souvent la démolition de logements locatifs survient après une négligence d’entretien par les propriétaires de leurs immeubles. De plus, ces mêmes élus cèdent des terrains municipaux à certains promoteurs pour un prix très en deçà de leur valeur réelle, citons comme exemple le projet Faubourg Contrecœur (Frank Catania), ou réservent certains terrains municipaux pour des projets de construction de condos, comme ce fut le cas pour le projet Griffintown.

Autre exemple de favoritisme pour les condos : la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), un organisme para-municipal dont le mandat auparavant était de fournir des logements aux ménages à faibles et modestes revenus de Montréal, se consacre dorénavant davantage à la construction et à la vente de condos subventionnés et ce à même les fonds publics. Ce programme nommé accès condos, la  SHDM ose le présenter comme une initiative de logement abordable. À des prix compris entre 265000 et 310000 pour 2 ou 3 chambres, ce n’est abordable que pour les mieux nantis.

Voilà pourquoi nous ne devrions plus utiliser le «abordable» pour faire référence aux logements sociaux. Ce mot fait partie de la langue de bois des politiciens et ne devrait plus être utilisé par les groupes militants pour la défense des locataires. À propos de langue de bois, la Stratégie d’inclusion de logements abordables dans les
nouveaux projets résidentiels en est un bon exemple. Cette stratégie vise en principe à convaincre les
promoteurs de développement de 200 logements et plus, de réaliser 15% de logements sociaux sur leurs sites. Or on sait que sur l’ensemble des unités réalisées en constructions neuves sur l’île de Montréal en 2006, seulement 11,5% était des logements sociaux. Cette proportion a chuté à 8,1% en 2011. Comme c’est une mesure non contraignante, on ne peut pas dire que nos élu-e-s se forcent à augmenter le nombre de logements sociaux et donc à aider les ménages à faible revenu.

Bref, bon nombre d’exemples nous démontrent que depuis le début des années 2000, les élus municipaux favorisent plus les promoteurs de condos que les ménages à faible revenu, causant ainsi un manque de logements à prix modiques et une augmentation de la pauvreté  et de l’itinérance. Donc si comme nous vous en avez ras le bol des belles paroles de nos élus, participez aux différentes actions de votre comité logement lors des prochaines élections pour réclamer les cinq grands engagements en faveur du logement tel que proposées par le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).


 Les candidats en lice à Montréal doivent s’engager à :

·       Réclamer publiquement de Québec et d’Ottawa des investissements suffisants pour construire au moins 22 500 nouveaux logements sociaux sur l’île, et prévoir les contributions municipales nécessaires à leur réalisation;
·       Mettre en place un programme d’achat et de réserve de sites pour des futurs projets coopératifs et sans but lucratif d’habitation et/ou d’équipements communautaires, et ce dans tout les quartiers montréalais où la spéculation immobilière empêche ou ralentit le développement de nouveaux logements sociaux;
·       À préserver l’intégrité du parc de logements sociaux bâtis sur le territoire montréalais en réclamant des gouvernements supérieures qu’ils y maintiennent leurs engagements financiers à long terme et en y maintenant leurs propres engagements de Montréal, au-delà de la durée des accords d’exploitation signés avec les gouvernements du Canada et du Québec;
·       Protéger le parc de logements locatifs actuels en interdisant leur conversion en copropriétés, en ajustant la règlementation municipale afin de contrer les stratégies des promoteurs qui contournent les règles en vigueurs pour s’approprier ce stock et si requis, en faisant pression sur Québec pour obtenir toute la latitude légale requise;
·       À prendre toutes mesures règlementaires nécessaires pour le maintien en bonne condition d’entretien, de salubrité et de sécurité, de tous les logements locatifs et à fournir toutes les ressources matérielles et humaines suffisantes pour garantir l’application du code du logement.

Ensemble locataires, nous pouvons faire changer les choses. Il ne faut pas oublier que les locataires représentent 65,6% des ménages de Montréal (statistiques Canada 2006) et que nous avons donc la force du nombre!