Par Gaël Morin
Depuis quelque temps,
l'Association des locataires de Villeray (ALV) revendique la création, dans
l'arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, d'une réserve foncière
pour le logement social. Nous présentons ici les arguments à l'appui de cette
revendication.
Depuis longtemps, nous dénonçons le fait qu'il y ait trop de personnes
mal logées dans le quartier Villeray. Pour pouvoir être logé à un prix que nous
sommes en mesure de payer, dans un appartement en bon état, il faut plus de
logements sociaux. Nos luttes ont déjà mené à de nombreuses victoires. Par
exemple, nous avons obtenu la construction des coopératives d'habitation
Tri-Logis et Rousselot, de même que la réalisation, sur la rue Christophe-Colomb,
des deux phases du projet de la Société d'amélioration de Pointe St-Charles
(SOCAM), organisme sans but lucratif. Cependant, malgré nos luttes et nos
succès, le problème des personnes mal logées dans le quartier Villeray est loin
d'être réglé. Ainsi, à Montréal c'est dans notre arrondissement,
Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, que les listes d'attente pour les
habitations à loyer modique (HLM) sont les plus longues. Plus de 3 400 ménages
sont dans l'attente d'un logement social. C'est beaucoup trop! Comment
expliquer qu'on ne construise pas plus de logements sociaux pour répondre aux
besoins de personnes mal logées?
Premièrement, le
financement de la construction de logements sociaux par les gouvernements
municipal, provincial et fédéral est insuffisant. Présentement, ce sont à peine
2 500 logements à vocation sociale qui sont construits chaque année au Québec.
Il faut donc exiger que les gouvernements investissent davantage dans le
logement social. Compte tenu de la pénurie de logements sociaux dans
l'arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, nous revendiquons la
construction de 3 500 unités au cours des 5 prochaines années.
Deuxièmement, il y a
pénurie de terrains pour la construction de logements sociaux dans
l'arrondissement. Ce manque de terrains a d'ailleurs été reconnu par le maire
d'arrondissement, Anie Samson, lors de la séance du conseil municipal de la
Ville de Montréal, le 26 octobre 2010. Elle affirmait alors qu'il n'existait
plus de terrains constructibles à Villeray. Or, souvent, les rares terrains qui
deviennent disponibles sont achetés par des promoteurs immobiliers dans le but
d'y construire des immeubles en copropriété.
Pour résoudre le
problème de la rareté des terrains en vue de la construction de logements
sociaux, l'ALV préconise la création d'une réserve foncière par la Ville de
Montréal. Qu'est-ce qu'une réserve foncière? Il s'agit d'une mesure que la
Ville met en œuvre en destinant des terrains à la construction de logements
sociaux. Ces terrains sont soit des terrains dont la Ville est déjà
propriétaire et qu'elle n'utilise plus, soit des terrains dont elle fait
l'acquisition pour constituer une réserve pour le logement social. C'est, en
quelque sorte, une banque de terrains qui sont disponibles pour la réalisation
de projets de logements sociaux.
L'idée de créer une
réserve foncière n'est pas une solution fantaisiste au problème de la pénurie
de logements sociaux. Cette mesure a fait l'objet d'une recommandation dans un
document publié récemment par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), intitulé
Répertoire des bonnes pratiques : Le rôle des municipalités dans le
développement du logement social et abordable.
La réserve foncière
est un outil auquel on a déjà recours pour le développement d'espaces publics
tels que des hôpitaux, des écoles,
des routes, des parcs ou des passages piétonniers. En septembre 2012, la Ville
de Montréal a annoncé l'achat de 5 terrains pour constituer une réserve
foncière dans le secteur Marconi-Beaumont. Dans leur plan de développement du
secteur, les autorités municipales ne prévoient pas la construction de
logements sociaux. Dans un communiqué de presse récent, Richard Deschamps, qui
était alors président du comité exécutif de la Ville de Montréal, a indiqué
que :
« Les emplacements visés par ces réserves foncières permettront de
retisser les liens entre des quartiers fragmentés par les voies ferrées de même
qu’entre les quartiers existants et le nouveau quartier en construction sur le
site Outremont. La Ville se donne ainsi les moyens de pouvoir répondre aux
souhaits exprimés à ce jour par les citoyens et les acteurs du milieu dans le
cadre des discussions sur le renouvellement des secteurs industriels voisins du
site Outremont ».
Récemment, la Ville de
Montréal a constitué une réserve foncière en destinant à des fins de logement
social quatre terrains situés dans les secteurs de St-Léonard,
Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et
Ville- Marie. Alors, il y a lieu de se demander pourquoi la Ville de Montréal
tarde à créer une réserve foncière pour le logement social dans le quartier
Villeray. Revendiquons une reserve foncière!