Les
quartiers populaires de Montréal tels que Villeray subissent depuis plusieurs
années un processus de gentrification. Des résidentEs à faible revenu et à
revenu modeste sont chassées de leurs quartiers pour être remplacéEs par une
population plus aisée. La gentrification n'est pas un processus normal, naturel
ou inévitable. Au contraire, elle est soutenue par les politiques complaisantes
des différents paliers de gouvernement, notamment par le gouvernement
municipal.
On
a vu des propriétaires vider leurs blocs de leurs locataires pour pouvoir
transformer leurs immeubles en condos. Parfois, elles-ils donnent de l'argent à
leurs locataires si elles-ils acceptent de quitter leur logement ou encore elles-ils
donnent des avis de reprise pour une fille ou un fils qui ne viendra jamais
habiter le logement. Le harcèlement des locataires est aussi une tactique qui a
été utilisée à Montréal. Pourtant, la Ville et ses arrondissements pourraient
agir. Elle pourrait notamment faire en sorte que le moratoire sur la conversion
d'immeubles locatifs en condominiums ait plus de mordant. Il serait possible,
par exemple d'interdire les dérogations au moratoire.
Pourquoi
la Ville n'agit-elle pas? L'une des raisons est certainement que le mode actuel
de financement des municipalités du Québec repose en très grande partie sur la
taxe foncière. D'après le budget 2013 de la Ville de Montréal, les taxes
foncières représentent 67,1 % de ses revenus. De plus, ce montant sous-évalue
la proportion des revenus de la Ville qui proviennent des taxes foncières
puisque 8,4 % de ses revenus proviennent des municipalités défusionnées
qui doivent lui verser une contribution pour les dépenses en lien avec
l'agglomération de Montréal. Or, ce montant est lui-même prélevé à même les
taxes foncières des Villes défusionnées. De manière générale, au Canada, les
taxes foncières représentent 91,5 % des revenus des municipalités. Elles
sont donc presque exclusivement financées par ce moyen. Pour cette raison, les
municipalités n'ont qu'un très faible intérêt à freiner la gentrification. Au
contraire, elles ont tout intérêt à favoriser la construction de condos et de
permettre l'effritement du parc de logements locatifs populaires. Ainsi, la
valeur des immeubles augmente, ce qui augmente du même coup les revenus de la
Ville.
Nous
pensons donc qu'il faut changer le mode actuel de financement des
municipalités. Plusieurs autres modèles existent à travers le monde. Par
exemple, en Allemagne, l'impôt foncier ne représente que 17,7 % des
revenus des municipalités. Elles sont plutôt financées par l'impôt sur le
revenu dans une proportion de 75,8 %. En Suède, les municipalités sont
entièrement financées par l'impôt sur le revenu. Devrons-nous adopter des revendications
pour que le mode actuel de financement des municipalités soit modifié?
Par Gael Morin
Par Gael Morin